mercredi 29 avril 2009

Jolfa

... frissons géopolitiques ...

Environ 70 km séparent Kaleybar de la vallée de la rivière Aras plus au nord. Cette rivière matérialise la frontière entre l'Iran, au sud, et, au nord, l'Adzerbaïjan, l'Arménie puis ... l'Adzerbaïjan à nouveau. Ces deux pays sont toujours en état de guerre suite au conflit du Kharabak. De nombreux forts militaires coté iranien sécurisent la frontière.

Cette belle route franchit une chaîne de montagne avant de longuement descendre vers la rivière Aras dans une vallée verdoyante de prairies ...





... et de champs de blé.



La rive iranienne de la rivière Aras est verte, cultivée et parsemée de villages paisibles.




Un vieux pont Safavide relie les deux rives. En face, l'Adzerbaïjan est désert et les rares villages sont abandonnés et en ruine.



Je m'arrête pique-niquer dans une large vallée bucolique et agricole.





Les cigognes y nichent en paix et planent majestueusement dans le ciel.



Un peu plus loin, à Kordash, se trouve un beau hammam en cours de rénovation.



Deux vieux forts encadrent le village.



La route emprunte ensuite des gorges; au nord, l'Arménie ... enfin l'Adzebaïjan occupé, je ne suis pas très sûr ...



J'arrive enfin à Jolfa, un bled frontière, sous une fin d'orage.

mardi 28 avril 2009

Kaleybar

Kaleybar est une petite ville relax dans une haute vallée de montagne. Un jeune étudiant en anglais me conduira à l'auberge locale et me fera visiter la ville.

Le soir, à 10h30, on frappe à ma porte et je me retrouve en face d'un groupe de 5 ou 6 personnes. Un policier en civil, accompagné d'un autre policier en uniforme et d'un jeune en guise d'interprète, me fera subir un interrogatoire aimable d'une dizaine de minutes, photocopies de mon passeport en main. Il me demandera à 3 reprises si je suis seul.

Le lendemain je pars visiter le château de Babak, une petite merveille du 9ème siècle qui me rappelle, par son coté "nid d'aigle", nos châteaux cathares du sud-ouest.
Il faut compter une quinzaine de kilomètres de route en lacets puis une heure de marche à partir d'un hôtel d'altitude (fermé) pour atteindre le château. Le sentier, assez raide, est aménagé dans sa plus grande partie.



Le château est, vu son âge, en bon état.



Le paysage est très rocheux, abrupte, et on voit très loin; on aperçoit même les hauts et lointains sommets enneigés du Caucase au nord. Seul visiteur, dans un grand silence brisé occasionnellement par la chute d'une pierre, des montagnes à perte de vue aux quatres coins de l'horizon, je profiterai pleinement de ce site grandiose.

Vue vers l'ouest:



Tous les ans en juin le château est le lieu d'un rassemblement nationaliste Azéri pour l'anniversaire supposé de Babak, héro local; enfin était car cet évênement est interdit depuis 3 ans par le gouvernement, au grand dam de l'activité touristique locale.

L'environnement est typique de la haute montagne et on se trouve bien au dessus de la limite des arbres.

C'est le printemps; la flore ...



... et la faune ...



sont en plein réveil.

Kashan-Kaleybar

Je quitte Téhéran par l'autoroute, toujours interdite aux motos et aux camions, sous la pluie jusqu'à Quazvin. Peu avant Zanjan, je fais un petit détour vers la bourgade de Soltanieh où se trouve le dôme de briques le plus grand du monde, paraît-il. Ce mausolée est imposant et on le voit de loin mais il est en travaux depuis belle lurette.



La route parallèle à l'autoroute est gavée de camions, souvent poussifs et fumants comme des locomotives, et les voitures prennent des risques insensés pour les doubler dans les sections à 2 voies. J'en verrai plusieurs dépasser brusquement alors que j'arrive en face, code allumé. Il ne reste qu'à freiner fort, se ranger sur le coté et montrer le poing. Je verrai également la carcasse déchiquetée d'une Paykan à coté d'un camion dans le fossé, restes d'un accident tout récent. Ce genre de route est à éviter en Iran et il vaut mieux prendre l'autoroute ou les routes secondaires.

Zanjan est une ville moyenne dont la spécialité est apparemment la coutellerie. Je ferai refaire une soudure au porte-bagage (au chalumeau) en 10 minutes à 40 m de l'hôtel.

Mosquée Imamzadeh:



Le lendemain je reprends l'autoroute pour environ 250 km jusqu'à Bostan Abad. Les paysages sont secs et assez désolés mais les roches prennent de belles couleurs.



La présence de sel dans les couches géologiques explique la rareté de la végétation.

Rivière de sel:



J'arrive à Bostan Abad sur la réserve, essaye de me ravitailler dans une première station mais sans succès; le pompiste n'a pas la carte magnétique nécessaire. M'attendant à pouvoir faire le plein, j'avais remis le robinet d'essence sur la position normale. Je repars et fatalement tombe en rade après 3 km. Un jeune policier se débrouillera pour me ramener une canette de coca d'essence que je verserai dans le réservoir; c'est à ce moment que je réaliserai mon erreur sur la position du robinet. Bien entendu, on refusera le billet que je tends pour l'essence. J'arriverai enfin à faire le plein quelques kilomètres plus loin.

Les routes de Bostan Abad à Kaleybar vont du chemin vicinal à la bonne départementale et traversent de la belle campagne ...



... puis pénètrent dans les montagnes ...



avec quelques belles portions de virages.

samedi 25 avril 2009

Téhéran

Les 250 km de Kashan à Téhéran seront rapidement avalés sur l'autoroute. Des panneaux signifient son interdiction aux motos mais je croiserai sans problème plusieurs voitures de police et on me fera signe de passer gratuitement aux péages.

Je fais normalement 260 à 270 km avec un plein mais je devrai passer sur la réserve après 220 km, aux portes de Téhéran, à cause de l'essence ordinaire de piètre qualité. Je quitte la voie rapide de peur de ne pouvoir trouver une station service et je m'arrête à la première personne venue pour me renseigner. Le monsieur, exploitant agricole, me pilotera d'abord avec sa voiture à une pompe d'irrigation au milieu d'un de ses champs car je lui ai demandé où trouver de la "gasoline" et il comprendra du gasoil; l'essence se dit "benzin" en Iran. Il appelera au téléphone sa nièce pour que je m'explique en anglais avec elle et m'amènera une dizaine de kilomètres plus loin en ville à une station; nouvelle illustration de la remarquable serviabilité iranienne.

Téhéran est une ville moderne, étendue, très peuplée et très agitée. La circulation et la pollution y sont encore plus terribles qu'ailleurs. Les monuments et autres attractions touristiques sont peu nombreux et modérément intéressants de mon point de vue. Les 3 jours que j'y passerai ne suffiront pas à apprécier la ville à sa juste valeur qui réside essentiellement dans les rencontres que l'on peut y faire et qui permettent de découvrir un peu plus l'âme iranienne. Je serai néanmoins généreusement invité, avec d'autres convives étrangers, à un excellent diner chez des gens tout à fait charmants, distingués et cultivés.

Je visite le musée archéologique qui contient quelques pièces intéressantes.

Ceci est un des restes d'un homme mort il y a plus de 1500 ans dans une mine de sel, un peu comme Ozzi retrouvé dans un glacier des Alpes.



Il s'y trouve aussi quelques artefacts découverts à Persépolis.



Je marcherai beaucoup en ville, surtout dans les quartiers populaires du sud.
Sur une passerelle, un monsieur dort la tête dans le journal (la presse officielle sans doute) et un jeune homme regarde une jeune femme élégante s'éloigner.



Une porte au palais Golestan.



L'entrée nord de l'immense bazar, très fréquenté.



Il y a naturellement tout un secteur consacré aux tapis mais gare au portefeuille. Voici un bel exemple de tapis persan typique d'environ 1,2 m de long.

jeudi 23 avril 2009

Kashan

Kashan est une ville moyenne assez traditionnelle et plutôt relax. A environ 250 km au sud de Teheran, elle attire de nombreux touristes iraniens, en particulier des bus entiers d'élèves, surtout des jeunes lycéennes très extraverties et très curieuses des étrangers. Je me suis baladé avec un couple de retraités suédois et la dame, au look baba-cool affirmé, a littéralement fasciné cette jeunesse, vétue du costume noir islamique de rigueur, qui n'avait de cesse de la regarder, de lui parler et de la photographier.

Le bazaar est beau et tranquille.



On trouve facilement des escaliers qui mènent aux toits.
La série de domes suit une ruelle du bazaar et les orifices au sommet de chacun d'eux y apportent la lumière. Derrière, on remarque les tours de ventilation traditionnelles puis, dans le bosquet, la mosquée Soltaniyeh.


La porte de la mosquée est en bois sculpté rehaussé de clous forgés. Le heurtoir très travaillé est en bronze.


Certaine maisons traditionnelles, ou khans, ont été restaurées et sont ouvertes aux visiteurs.
Ici le Kahn-e Ameriha


Là, le Kahn-e Tabatabei


Ces maisons peuvent comporter jusqu'à 200 pièces.


A quelques kilomètres au sud de la ville, au pied de la montagne, jaillit une source qui a été aménagée et irrigue un beau parc de cyprès. L'endroit est frais et reposant.

mardi 21 avril 2009

Motos etc

Quelques observations sur les motos et autres véhicules de l'Italie à l'Iran.

ITALIE

Beaucoup de 2-roues en ville qui slaloment autour des voitures, souvent sans casque, mais je n'ai rencontré que 2 motards en 1850 km d'autoroute ... c'est vrai qu'il pleuvait la moitié du temps. Moi qui pensait que l'Italie était un pays de motards ... on voit plus de Ducat's en France!

ALBANIE

Peu de 2-roues dans le pays mais beaucoup de Mercédès. On trouve ces premiers un peu à la campagne, chez les pauvres, ...

Side-car scoot, Butrint, côte sud



... mais surtout en ville, scoots et quelques hypersports montées par des frimeurs sans casque, en général avec un blouson bon marché aux couleurs de la marque de la moto. J'ai aussi vu un gars en Harley qui a réussi à s'embourber au milieu d'une place à Tirana! Aucun trail et pourtant, quand on voit l'état des routes, ce serait l'arme idéale.

GRECE

J'ai croisé un motard "sérieux" sur la route et une bande de tarés en hypersports, avec combis et tout le toutim, qui ont grillé sur la roue arrière le péage de l'autoroute peu avant Athènes. Beaucoup de 2-roues avec une grande proportion de grosses cylindrées en ville et des conducteurs de tout âge. Quelques vieilles bouzines, 500 SR, BMW monocylindre, ...

Chopper 50 cc "rats" au brouillard salin, Knight JC50Q-X (origine chinoise probable), vu à Santorin.


TURQUIE

J'ai croisé une moto, 1000 Varadero je crois, en 2565 km de route. De rares grosses cylindrées en ville dans la moitié ouest (côte méditerranéenne) mais je n'ai aperçu aucune moto de moyenne ou grosse cylindrée dans l'est, que des véhicules utilitaires ou grosses berlines.

Dans cette région, on croise souvent cet attelage 350 IZH Planeta russe (merci Pop pour l'identification), moteur 2T, très rustique et apparemment robuste. C'est plus un pick-up qu'un side-car, le panier n'est pas équipé mais est solidement suspendu.


IRAN

Les motos de plus de 200 cc sont interdites aux iraniens ... c'est peut-être une bonne chose quand on voit comment ils conduisent leurs 125! J'ai vu 3 ou 4 accrochages et un type finir à plat-ventre. Une minorité porte un casque, en théorie obligatoire, ce sont en général des vieux, et ces casques en plastoc à 2 balles ne servent à rien sinon à vaguement se protéger le ciboulot du froid et du soleil. On voit souvent 3 potes sur le même engin ou des familles entières, le record un couple et ses 4 enfants! Je n'ai jamais vu de femme conduire une moto, des voitures et taxis oui ("Woman Taxi" écrit en gros dessus mais parfois avec passager mâle).

Ma modeste 500 CB fait un malheur et attire les foules et les questions (en 1er, "how much?").

J'ai quand même vu, brièvement, un civil en vieille Honda Four à Tabriz, une Triump Bonneville (version moderne) immatriculée en Iran à Esfahan, manifestement conduite par un expatrié (il avait un casque et un cuir et conduisait prudemment) et j'ai salué 2 motards de la police en 750 CBX crème très classes à Shiraz. Le reste des policiers en moto se contentent de trails 200 cc max avec quand même gyrophare, sirène, etc, ce qui est assez comique. Un de ces gaziers m'a fait une queue de poisson à Esfahan pour m'arrêter en plein milieu d'un carrefour et juste me serrer la main et mater le CB.

L'Iran c'est CG125land, elles pullulent. Ces copies de Honda sont fabriquées et assemblées à partir de pièces essentiellement d'origine chinoise dans une multitude d'usines locales car, si elles semblent toutes quasiment identiques, elles arborent une pléthore de noms de marques. Voici une liste non-exhaustive:
Tizpar - Tourist - Shokooh - Parsa - Tondro - Saphir - Royal - Hormoz - Zhabiz - Pishro - Rayka - Sayna - Bastan - Behro - Suzan - Konico - Ajdar - Arshia - Dino - Armin - Phonix - Tiztak - Sarir - Lindai
La litanie reprend avec les carters moteurs, apparemment issus de nombreux ateliers. On trouve de rares Honda CG pur jus. Un CG de fabrication locale coûte $350.

Un CG Zhabiz


Quelques vieux engins comme ce 100 Yamaha


Exemple de customisation locale, gros klaxon et moumoute intégrale



Enfin, le top du top, 200 cc supermot




Les voitures ne sont pas en reste, outre des Peugeot, Nissan, ... récentes et quelques Mercédès, beaucoup de Paykan, une vieillerie made in Iran et Iraq à moteur anglais, de nombreuses Kia, de vieilles R5, 504, Diane, une 404, quelques vieilles américaines et beaucoup d'hybrides genre 405 à moteur Kia ou ces "PK", chassis et moteur Kia avec carrosserie de R5 + élargisseurs d'aîles.



Ce bus résume un peu la philosophie de la route en Iran: King of the rad (sic), Onlygod (resic).


Abyaneh

J'emprunte une route assez fréquentée, surtout par des camions d'ailleurs, pour me rapprocher de Kashan et Téhéran. Le paysage est toujours désertique avec, au loin, des chaînes de montagne. Quelques oasis égayent le paysage.
Dans une ligne droite interminable, je me fais serrer par une voiture de police banalisée. Après avoir regardé mon permis, le policier sort son carnet à souche et me dit que je roule à 115 km/h pour une vitesse maximale de 110. Il range rapidement son carnet devant ma mimique mi-contrite, mi-désabusée et je reprends la route.

Je m'arrête à Aqda dans un quartier abandonné.


C'est l'heure du casse-croûte et je trouve un arbre à l'ombre accueillante.


Je visite brièvement Na'in,



avant de m'arrêter faire escale à Ardestan, un bourg sans grand intérêt.
Le lendemain, je reprends la route vers Kashan avec un détour de prévu pour Abyaneh. La route secondaire qui va vers Natanz quitte le désert pour longer le pied de la montagne.



Je ne prendrais pas de photo dans les parages de Natanz car il s'y trouve le principal complexe nucléaire iranien qui se signale par une ceinture de miradors et des batteries de DCA disséminées dans les environs.


Abyaneh est un village zoroastrien d'altitude paisible et à la belle architecture traditionnelle.



Porte à deux heurtoirs pour les deux sexes.



Un système d'irrigation élaboré récupère l'eau de la montagne pour l'amener aux champs et vergers.

Ici, sous le lit asséché de la rivière, se trouve un canal souterrain, d'un débit conséquent, qui se signale par une série de puits. Ce canal débouche un peu plus bas dans un grand bassin puis circule à l'air libre dans des canaux maçonnés.



Le village est logé dans une vallée de haute montagne parcourue par une très belle route.


dimanche 19 avril 2009

Yazd

A la sortie d'Abarqu, en direction de Yazd, se trouvent quelques belles ruines.




Peu après, le désert, graviers et poussière jusqu'à l'horizon brumeux.




La route franchit ensuite une chaîne de montagne qui culmine à 4074 m. Je m'arrête peu avant Yazd à l'oasis d'Eslamiyeh pour un casse-croûte près d'un cimetière de martyrs.




Yazd est une très vieille ville qui n'a pas connu de destructions importantes, guerres ou autre. Je m'installe à une auberge juste à coté de l'Amir Chakhmaq complex au style inhabituel.




La vieille ville est construite en briques de banco (ou adobe; mélange de terre argileuse et de paille).
Enduit de banco.




Les rues étroites sont localement couvertes; le climat local est torride en été et déjà bien chaud en cette mi-avril.




La mosquée Amir Jameh est très gracieuse




et héberge de superbes mosaïques où chaque élément de couleur est une pièce individuelle de faïence.




L'intérieur du dôme est entièrement recouvert d'une mosaïque.




Les tours à vent traditionnelles servent au refroidissement des habitations.




Les escaliers qui montent aux balcons de l'Amir Chakhmaq complex offrent une vue panoramique sur la ville, ses tours à vent, ses mosquées,




ses enseignes.




Il reste un certain nombre de pratiquants du zoroastrisme, religion monothéiste (Mazda) née en Iran bien avant l'islam. A l'intérieur du temple d'Ateshkadeh brûle une flamme éternelle.