Peu après Silvan se trouve un des nombreux barrages du centre-est de la Turquie, éléments du projet GAP qui vise à développer l'agriculture irriguée dans ces régions arides ... au dépend éventuel des pays située en aval des cours d'eau, dont les principaux sont le Tigre et l'Euphrate.
A coté de cette ouvrage moderne, un élégant pont ancien.

La montagne se rapproche enfin. J'avais anticipé ce passage comme la difficulté principale de ce voyage. J'ai attentivement suivi les prévisions météo ces jours derniers et synchronisé mon avancée pour y arriver à une période favorable.

Dès que la route commence à grimper, le revêtement, déjà parsemé de trous et de bosses, se détériore franchement pour laisser la place sur de longs tronçons en travaux à de la piste caillouteuse et localement boueuse ... ça me rappelle l'Albanie.
Le paysage est égayé par de nombreux postes et campements militaires soigneusement fortifiés et on croise ça et là un véhicule blindé léger ou un tank. Des soldats casqués, avec gilets pare-balle et fusils d'assaut en bandoulière me salueront au passage.
Ma seule frayeur de la journée sera pourtant provoquée par l'attaque soudaine d'un #ÜĞ!IŞÇ%Ö de gros chien. Adolescent, je me suis fait mordre par le berger allemand du député local alors que je passai en mobylette. Je ralenti pour éviter un choc et une chute et je remets gazzzz aussitôt pour le semer. Ce sera assez chaud de rouler à 50-60 km/h avec le CB sur 500 m de piste avec le molosse aux trousses, jusqu'à ce qu'il s'essoufle ou se lasse; fort heureusement, pas de gros trous sur ma trajectoire! Il faut dire que, parfois, rouler vite limite l'effet des irrégularités de la route sur les suspensions; mais c'est un peu jouer à la roulette russe ...

L'ascension se termine à Bitlis (1550 m) dans un paysage totalement enneigé. La température reste raisonnable en ce milieu d'après-midi, 2 ou 3 °C.

La route jusqu'à Tatvan est excellente et rectiligne et on arrive rapidement au bord du lac de Van, à 1646 m d'altitude. Le lac, immense, est entouré de sommets enneigés, certains dépassant les 4000 m. Le cratère du volcan éteint du Nemrut Dagi domine la ville.
Pour rejoindre Van à partir de Tatvan, l'itinéraire normal consiste à passer au sud du lac en empruntant un col à 2234 m, perspective un peu inquiétante au vu de l'enneigement déjà non négligeable au bord du lac et de la certitude d'y rencontrer des températures négatives. Informé de l'existence d'un ferry entre Tatvan et Van qui assure la liaison ferroviaire entre ces deux villes (le train est séparé en tronçons qui prennent place dans le ferry), mais sans connaître ses horaires, je tente ma chance et rejoint le port. Un ferry est à quai, un train de marchandise déjà à l'intérieur. Il est 16 h et j'ai beaucoup de chance car le ferry partira à 16h30. Le CB sera rapidement chargé à bord et le trajet me coûtera 2,20 €., la bonne affaire et les soucis en moins!

Quatre passagers sont à bord, l'équipage du train et moi. L'équipage est accueillant et je sollicite une visite du poste de commandement, ce qui m'est accordé, et salue le capitaine.
En avant toute!

La vue sur le lac et ses rives en cette fin de journée est magnifique.

Des sommets de 3500 m ponctuent la rive sud.

Dans le bateau, la télé débite non-stop les résultats des élections. La traversée durera 5 heures pour parcourir 90 km, ce qui donne une idée de l'étendue du lac.
Après quelques km pour rallier le centre-ville je tombe dans une manifestation de liesse populaire très bruyante et agitée mais bon enfant; le parti local pro-kurde, le CDP, a largement remporté les élections locales. J'arrive à me frayer un chemin jusqu'à l'hôtel Paris ***, décor tour Eiffel. Deux policiers veillent dans le lobby. Comme je viens de France, je tente de négocier et le réceptioniste, me faisant signe que français et kurdes sont amis, me baisse le prix de la chambre de 15,5 à 13 €.
Prudemment ... je vais faire un tour en ville profiter de l'évênement. La joie est intense, les voitures défilent en klaxonnant, les gens font le V de la victoire, crient des slogans, agitent des drapeaux du parti, arborent le keffié. Trois jeunes m'interceptent, me font goûter quelque spécialité locale, je leur tends ma flasque de mirabelle, déjà bien entamée. Elle sera vite avalée. Moi qui devais la terminer avant de passer la frontière iranienne, qui n'est plus qu'à 100 km, voila qui est fait de belle manière.
Ce fut une journée intense.
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